Création et inconscient : soirée préparatoire

Jeudi 17 Décembre 2020

Première des 3 soirées préparatoires à la

journée d'étude de L'Association freudienne de Belgique

Création et inconscient,

prévue le

samedi 27 mars,

sans doute en viséo-conférence.

les propositions d'intervention et/ou d'écriture sont les bienvenues.

 

 

le jeudi 17 décembre de 20h30 à 22h30 (lien zoom à suivre). 

Nous y travaillerons le texte de Jean-Daniel Causse, 

Le concept de création ex-nihilo et ses enjeux cliniques 

Les prochaines dates retenues sont le 21 janvier et le 11 février.

 

N'hésitez-pas à faire suivre cette invitation à toute personne susceptible d'être intéressée.

 

Argument

Depuis Freud, l'art n'a cessé de faire objet pour le discours analytique, c'est-à-dire n'a cessé de lui échapper. Tout discours de fait achoppe sur le Réel de la création et se trouve en même temps relancé puisque l'art agit comme un plus de jouir sur son spectateur, son lecteur, son admirateur que peuvent être le psychanalyste ou son analysant.

 

La pratique artistique comporte ceci de commun avec la pratique analytique qu'elle reste, pour une part mystérieuse, non transmissible. Bref, sa structure est fondamentalement trouée. Elle est acte en ceci même que, loin de voiler ce trou, elle en trouve sa cause. Sans doute, va-t-elle un pas plus loin et fraie-t-elle la voie pour le psychanalyste en proposant, à chaque fois et à nouveau frais, au lieu de la béance de l'Autre, un semblant à même d'agrafer le Réel. Là réside son génie au sens plein du terme, sa poïesis pourrait-on dire.

 

A partir de cette proposition, il s'agit moins pour nous de relancer une psychanalyse appliquée qui chercherait confirmation dans une théorie de l'art, s'offrirait comme outil critique, comme un tout savoir sur l'art, depuis l'interprétation de l’œuvre jusqu'à la psychobiographie de l'artiste, que de se laisser enseigner par les effets de l’œuvre, dans son acte de production, comme dans sa réception pour un sujet, analyste ou analysant.

 

Si un savoir peut se constituer, c'est bien dans la reprise de cet effet de surprise, de réel sur lequel la mise en forme, en œuvre, en acte tente de reprendre un morceau de jouissance interdite. Cet effet de réveil et de dévoilement fait-il symptôme ou sortie hors du symptôme ? Dépasse-t-il le cadre restreint du principe de plaisir ? Si oui, pour quelle jouissance ? Son enveloppe formelle reste-t-elle celle du signifiant dans sa prise sur le Réel ? Le laisse-t-il objet d'un déchiffrage, d'une interprétation ?

 

La création est par ailleurs un processus d'extériorisation non pas sous la logique d'une vidange, mais comme ce qui d'un corps se joue au dehors, dans « l'étrangeté d'un lieu de l'intime »1. « Ce qui m'est le plus intime est justement ce que je suis contraint de ne pouvoir reconnaître qu'au dehors » avançait Lacan dans son séminaire d'Un Autre à l'autre, en 1969, à partir du Cri de Munch. Quelle place donc pour l'Autre ou l'autre, comme lieu d'une adresse ou de réception ? Il semble que cet enjeu puisse différer fortement pour chaque sujet, tel que cela nous est rapporté durant les cures.

 

Dans ce même séminaire, Lacan vise ce lieu de l'extime comme celui d'une vacuole, d'un interdit au centre qui constitue, dans le vide de la Chose, ce qui nous est le plus proche. « L'objet a, dit-il, joue ce rôle dans l’œuvre d'art par rapport à la vacuole : il est ce qui vient chatouiller Das Ding de l'intérieur »2.

 

Au côté de cette réception de l'art par le psychanalyste comme travail de sublimation, de solution originale au problème de l'appropriation et de la perte de l'objet, de cet art compensatoire, d'autres enjeux toutefois nous sont adressés. Nous pourrions leur donner statut de post-oedipien et convoquer les questions de nouage qui se voient originalement opérées. C'est tout le sens de la démarche de Lacan, relisant Joyce dont l'opération d'écriture lui est apparue comme un raboutage de l'égo, dans une purge imaginaire. Combien de sujets psychotiques n'établissent pas un monde à nouveau habitable à partir d'un détail de tableau, de chanson, ou un traitement de la langue ?

 

Qui parmi nous n'a pas aperçu les effets de l’œuvre sur tel ou tel spectateur, durablement convoqué par les caractéristiques thématisables ou non de ce qu'il a vu, lu, entendu ? Les objets de l'art servent nos cures. Ces objets font opérations dans leur création ou réception pour nombre de nos analysants. Il nous semble que le psychanalyste ne peut se passer de l'art comme matériel parfois central de la cure. Une psychanalyse donc non appliquée à l'art, mais à la cure et relancée par l'art, enseignée par celui-ci.

 

Nous souhaitons inviter le plus grand nombre d'entre nous, mais aussi quelques extérieurs à l'Association, à tenter de rendre compte de cette place dans leur travail ou celui d'un de leurs analysants.

 

Novembre 2020

Pour le Bulletin Freudien, Clotilde Henry de Frahan, Catherine Mailleux, Géry Paternotte,