Les cinémas de l'AfB 2

Les Cinémas de l’AfB

 


Soirée du vendredi 29 novembre 2019 – Débat avec la salle

 

« My Beautiful Boy » de Félix Van Groeningen, réalisateur belge

Film de 2018, d’après le livre de David Sheff, et inspiré de faits réels.

 

« La plus belle preuve d’amour d’un père à son fils. Un père découvre que son fils de 18 ans est accro à la métamphétamine ; il veut tout faire pour le sauver… ».

 

 

Introduction par Anne Malfait

 

On assiste à la descente aux enfers d’un jeune homme pris dans la drogue dure, et à la relation avec son père. Nous avons entendu le « plus que tout », mots qui viennent qualifier dans le film, le ‘manque de manque’ de l’économie propre à leur relation.

La 2e soirée Cinéma de l’Afb fera débat autour de ce film proposé aux réflexions de nos invités et de la salle.

 

 

Jean-Pierre Lebrun nous propose d’axer les débats autour de 4 thèmes de réflexion :

 

1)    La drogue

Le jeune homme parle d’un bien-être jamais éprouvé, de s’éclater, de se soustraire grâce à la drogue, au fardeau de la réalité. L’addiction en tant que modalité d’existence est répandue et constitue un problème sociétal : la société ne prépare pas suffisamment les individus à supporter et à faire face au « trou » constitutif de l’humain. Quand le discours social laisse penser qu’on puisse le combler ou l’escamoter, quelle est l’incidence parentale sur la question ?

 

2)    Le père

A propos de ce père, quelle est sa place, si l’on spécifie l’amour paternel d’être ‘sous’ conditions, et l’amour maternel ‘sans’ conditions. L’amour n’est pas à décrier, il reste nécessaire, mais la répartition de l’amour Homme/Femme en tant que catégorisation différentielle n’est plus en place de la même façon. L’amour de ce père est maternel, qualifié de « plus que tout », et c’est ce qui est au cœur de l’affaire. Ce n’est pas « le tout », c’est « le plus que tout ».Il y a un espoir massif du père que le fils soit comme lui, et une révolte du fils face à un amour aussi encombrant. Passe t’on d’une impuissance à une impossibilité ?

 

3)    Il y a un point de bascule

Ce point ouvre à une autre perspective ; le manque s’ouvre. La belle-mère dit à cet homme « tu ne peux pas l’aider ». Il y a un point de dé-symbiose qui fonctionne ; la mère prend le relais et ça se positionne autrement : avec la prise de risque de la mort réelle ; c’est à la fois très difficile et c’est la seule solution. Y a-t-il un impossible à régler le problème à la place de l’autre ?

 

 

 

 

 

4)    Les nouveaux pères 

Certains glissent vers une position maternante. Voir Gauchet : « La fin de la domination masculine », Melman « La Nouvelle Economie psychique ». La figure de ce qui fait autorité dans la société traditionnellement c’est le père.

Or ceci est désaffecté ; l’autorité efficace, d’être ‘avec’ conditions et de s’inscrire dans le discours social, aujourd’hui, doit se montrer empathique, tout en attendant que s’en suive le développement de l’enfant avec la prise de responsabilité. L’autorité est-elle disparue ou déplacée ? Elle semble se ranger à l’enseigne du fonctionnement de la mère.

Or le patriarcat organise le fonctionnement du monde et le matriarcat pas. Les nouveaux pères essaient une nouvelle modalité, mais le social ne se réduit pas à des rapports entre singularités ; que ce soit père ou mère, il faut un cadre institutionnel. Père et mère pourraient rester du côté de l’illusion : ça ne suffit pas pour faire lien social, c’est-à-dire être un parmi les autres. Beaucoup de jeunes n’ont pas fait l’épreuve d’une solitude liée à l’existence ; la fonction du nouveau père laisse t’elle suffisamment entendre la nécessité de faire lien social ? Comment ce père étouffant prend ‘il pour tâche la question de la nécessaire séparation ?

 

 

 

François Coppens, philosophe de l’Education, propose 3 éléments de réflexion :

 

1)    La maladie

L’addiction est présentée comme une maladie à prendre en charge, un peu comme on attrape une grippe, sans interrogation sur les interactions. Le père est complet, sans manque. Avoir menti, c’est-à-dire porter atteinte à la sincérité est présenté comme grave : il y a une perfection fermée sur elle-même Le père dégouline d’amour, mais parait froid, presqu’inhumain.

 

2)    Le Tout

Comment vont-ils se séparer ? Le mot « Tout » devient un rituel de non-détachement, pour une famille qui est merveilleusement ensemble. On va passer du tout au rien ; la séparation va être brutale. Dans le moment de l’au-revoir, sont-ils 2 ou 1 ?

 

3)    Le Non

A quoi le père dit-il non ? Renonce-t-il à la toute-puissance ? Ou à la faille qui envoie quelqu’un à la mort, car le fils ne peut pas prendre son chemin à ce moment-là. C’est un Non brutal, mais à quoi ?

 

 

Le débat avec la salle

 

Il est relevé que le film comporte un message idéologique : celui de l’amour salvateur ; on relève l’absence de la dimension inconsciente, sauf l’expression de l’instinct de mort et la réaction thérapeutique négative de la dimension et de la jouissance toxicomaniaque.

Le symptôme apparait comme révélant la pulsion de mort, mais aussi tente-t-il de faire tenir quelque chose. L’objet ‘drogue’ renvoie à une économie de la jouissance plutôt que du désir : l’objet doit être toujours présent, immédiat ; la seule limite convoquée est celle du corps lui-même, ou de la mort.

 

Le non du père serait-il un non d’impuissance ou lié à de l’impossible ? D’où part ce non ? Ce point fait largement débat. Le père se coupe t’il de quelque chose qui offre à l’autre les conditions pour se prendre en mains et cela change t’il quelque chose ? On note que ce non du père est adressé sans doute d’abord à lui-même. Qu’est ce que le jeune va pouvoir en faire ? On entend que quelque chose doit se décider chez le sujet.

La dimension de l’impossible est inscrite chez chacun, mais il faut un accès à cela ; si cet accès a posé question à la génération précédente, comment cela va-t-il passer à la génération suivante ?

 

Le modèle ancien a toujours soutenu la coupure, la mère ne protégeant pas de cela. Actuellement dans le monde contemporain, tout le monde veut ‘soutenir’ ; introduit-on encore de la coupure ? Où, quand et comment ? Ou parfois trop tard ? La coupure pourrait aussi se retourner contre le sujet, quand le travail de subjectivation n’est pas suffisamment fait.

Si chacun réalise son identité, cela ne fait pas lien social. Le travail de symbolisation constitue un voile qui rend présent et agissant le trou. La solitude constitue une façon nécessaire de faire avec le trou.

 

On relève que la biologisation par la maladie dans le film est également idéologique et liée au discours de la science.

Le film comporte une dimension didactique, militante, informative et pédagogique sur les drogues dures et notamment sur la métamphétamine, et ses lourdes conséquences neurophysiologiques, dans une perspective éducative parentale.

 

Anne Malfait


My Beautiful Boy : Version imprimable

 

Lundi 23 Décembre 2019