Les cinémas de l'AfB 3 "Hôme"

« HOME »          de Fien Troch 2017

 


 

« Une plongée dans le monde de 3 adolescents déjantés et de leurs parents dépassés »


 (soirée du vendredi 24 janvier 2020)

 

Introduction Anne Malfait

 

La récusation de l’autorité apparaît dès le début du film. Les interdits majeurs ne semblent pas inscrits (meurtre et inceste). Les ados sont déjantés et les adultes ne transmettent rien. On assiste à de la jouissance plutôt que du désir.

 

Jean-Pierre Lebrun

 

Le film est caractéristique de ce qui atteint les jeunes actuellement. Le désir incestueux et le vœu de meurtre sont intrinsèques à l’être humain : comment s’y confronter actuellement  en n’ayant plus les repérages habituels ?

A l’école, l’autorité ne va plus de soi. On assiste à un horizontalisme, sans verticalité. Le préfet est pathétique, l’éducateur est récusé.

La sortie de prison d’un jeune (Kevin) qui a du mal à contenir sa violence, aboutit à un aménagement familial. Sa mère cherche à lui éviter de se confronter à son père.

Le jeune Sammy a mis une phrase sur Facebook : «Je voudrais tuer quelqu’un pour me sentir exister ».

Le troisième (John) n’a pas de père et vit avec sa mère qui ne l’a nullement mis en position de sujet, il est traité comme un prolongement narcissique. Elle le met à la place qu’elle veut, ce qui le conduit au matricide comme seule réalisation possible. On assiste à la complicité des 2 autres dans le meurtre.

Il y a une articulation du contexte social et de ce qui arrive à ces 3 jeunes.

Un écart entre la loi du père et l’enfant est maintenu par la mère : il y a chaque fois un empêchement à faire tenir du tiers. Ce n’est pas qu’il n’y a pas l’inscription du Nom-du-Père chez ces jeunes, mais la catégorie du père réel ne fonctionne pas. « Il n’y a pas de rapport sexuel, sauf dans l’inceste et le meurtre », nous rappelle Lacan.

Le statut de la parole est en question ; chaque fois que la parole devrait s’articuler au réel, ça flotte. La parole engage une perte qui doit être consentie pour s’inscrire.

 

François Coppens, philosophe de l’Education

 

1. Comment va-t-on lire ces 3 figures maternelles ?

La mère de Sammy qui semble fonctionner, n’offre pas d’issue. Il y a une tension, voire une érotisation.

2. Comment interpréter les 3 figures paternelles ? Comment un père est-il présent ou absent ?

Le père de Kevin, absent, imprègne tout le film, même plus que le père de Sammy, très présent, mais de quelle présence au sein de la famille témoigne-t-il ?

Un jeune peut manifester une certaine fierté (paternelle, verticale ?) à ne pas dénoncer ses complices.

3. On assiste à une implacable immobilité sans issue ; la seule issue, c’est la mort. Il n’y a pas de verticalité.

Hannah Arendt ; l’éducation a une double responsabilité : faire que le monde ne soit pas détruit par les nouveaux venus,  et empêcher que ceux-ci soient détruits par le monde (préserver les jeunes qui entrent et renouveler le monde commun). Le monde précède nécessairement l’enfant. Comment faire tenir ensemble l’interdit de la transgression et que le monde se renouvelle ?

Dans les termes de Gauchet : dans une société traditionnelle, c’est le passé qui fait autorité, dans une société moderne, c’est le nouveau. A quoi tient que dans une société, la logique de se référer à ce qui précède n’entraîne pas l’idée du sacrifice, mais soit propice à l’émergence du nouveau, du progrès.

 

Débat avec la salle

Le jeune Kevin semble le moins atteint : il écoute, va voir le chien du vieil homme, il tente de se contenir (ou pas), mais il peut s’identifier à l’autre. Il y a une préoccupation de l’autre. Il n’a pas résolu la conflictualité avec le père, mais elle est inscrite. Pour Sammy il y a un évitement de la figure paternelle. Pour John, il n’y en a pas.

On assiste au ratage de l’école. Il n’y a pas de position éducative de la part des adultes, mais une surdité active, du maternel envahissant. On passe des ados déjantés aux parents dépassés dans un social qui le permet. Il y a une délégitimation parentale, surtout sur le père, qui n’est plus appuyé par le social.

Qu’est ce qui se substitue au modèle ancien ? Comment fonctionne la famille ? Cela ne marche plus avec les mêmes modalités.

Le film nous montre la perte des relations sociales ; il n’y a pas de monde commun entre les gens (seul un mariage et un lieu professionnel), alors qu’il y a un certain confort matériel. On questionne les effets du capitalisme.

Il y a peu d’adresse et de la violence en retour.

 

JPL et FC Le-Nom-du Père est une inscription psychique qui ne décline pas. Ce qui décline, c’est la loi du père. L’importance de la singularité advient depuis la première guerre mondiale, mais actuellement en se coupant de l’appartenance au collectif.

Alain Eraly « Une démocratie sans autorité », nous assistons à une disparition de la représentation dans le collectif.

Comment, nous psychanalystes, avons-nous contribué à cela, en confondant singularité et individualisme ? Qui rencontrons-nous comme jeunes ? La position de Sammy est très fréquente dans la clinique. La question du désir interpelle ainsi que sa temporalité.

François Jullien « La « dé-coïncidence » est obligée pour le parlêtre : la singularité tient à l’exception, ce qui n’est pas du même ordre que l’individu.

Il s’agit de prendre le désir de l’analyste du côté de ce qui se saisit d’un point dans le transfert et dans l’adresse. On note l’importance de percevoir qu’un enfant ne peut pas rester le prolongement narcissique d’un parent. Aurions-nous agi le prolongement narcissique de toute une génération, moïque et imaginaire, qui n’est pas le sujet de la singularité, mais l’identité. Ça ne donne pas du collectif mais un assemblage de petits uns.

Peut-être y a-t-il de nouveaux collectifs qui émergent ?

Maurice Godelier : il y des conditions à l’humanité « on ne naît pas de soi-même ».

 

 

Anne Malfait

29/01/2020


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Vendredi 01 Janvier 2010