Sommes-nous voués à la frérocité ?
13, 14 juin 2026
Colloque organisé par l’Ecole psychanalytique des Hauts de France en collaboration avec la
Société Psychanalytique Marocaine.
Programme détaillé et modalités d’inscription ici
Argument
Le néologisme frérocité, souvent attribué à Lacan, nous semble familier et immédiatement interprétable. A la manière d’un mot valise, il fait consonner trois mots : férocité, frères et cité. Qu’il puisse exister entre frères et entre sœurs une haine féroce qui se traduit par des guerres fratricides, nous en trouvons l’écho au niveau familial et social, dans les textes et les mythes fondateurs, dans l’histoire de l’humanité et jusque dans notre actualité : des institutions politiques en crise, la montée des peurs et le rejet en réponse aux vagues migratoires, un racisme ambiant de plus en plus décomplexé et les conflits meurtriers en sont malheureusement une illustration flagrante. Y a-t-il là un fait de structure ? La haine de l’autre serait-elle un invariant de la psyché humaine ?
Pour Freud la fraternité repose sur une violence fondatrice et trouve son origine dans le meurtre du père primitif, conduisant les frères à s’unir, entrant ainsi dans la loi du langage. Le lien fraternel serait alors à la base du lien social et au fondement de notre capacité à vivre ensemble ; il serait une condition de la père-pétuation de l’humanité. Pourtant, traversé par une ambivalence fondamentale ce lien reste sans cesse menacé par l’intense pulsion de mort qui l’habite. La rivalité fraternelle peut être le produit de conflits archaïques, peut dériver de l’envie et elle peut mettre en cause des problématiques liées aux processus d’individuation et d’identification primaire.
Notre époque est tiraillée entre le rejet d’un patriarcat voué aux gémonies, accusé de toutes les perversions et l’aspiration à un maître fort. Les contours imaginaires du racisme, du colonialisme, de l’esclavagisme font du frère l’étranger, voire le constituent en étranger d’une autre espèce. Les processus de déliaison sont à l’œuvre dans l’incapacité à accueillir l’altérité.
Dans son approche symbolique de la frérocité Lacan l’articule à la structure du désir et à l’altérité radicale qui existe au cœur du psychisme humain. La haine de l’autre ne renverrait-elle pas aussi à la résistance au féminin en nous : la haine d’une jouissance Autre, une projection de l’horreur pour cette étrangeté intime ?
Nous sommes tous des parlêtres. A la suite de Freud Lacan a frayé un chemin : la pulsion de mort, distincte de la pulsion de destruction, est à l’œuvre dans les discours. La haine séparatrice peut parfois aussi être reconnaissance de l’autre. C’est d’abord dans sa réalité langagière que le sujet peut se faire représenter. Or le réel de la frérocité à l’œuvre dans le passage à l’acte meurtrier et dans l’extermination de l’autre est hors langage. Le traumatisme de guerre à partir duquel Freud a pu élaborer la pulsion de mort se rappelle à nous dans toutes ses dimensions.
Comment analyser le déchainement de la frérocité ? Qu’en est-il de sa manifestation dans le transfert et que dire alors de cette « fraternité discrète » de l’analyste avec son analysant évoquée par Lacan ? Ce sont quelques-unes des questions qui nous mettront au travail pour ces journées et qui, peut-être, nous permettront de lire et lier autrement certaines difficultés de la clinique actuelle.
Lille et Casablanca le 22/09/2025
Responsables
Amal Bouhmida, Nadia Jamai, Mohamed Jamai, Abla Mamou, Farid Merini, Melody Bonny, Odile Grimbert-Doumit, Sophie Dencausse, Jean-Pierre Meaux, Guy Voisin
Anne Malfait est invitée à y intervenir.