Activités
Groupes de travail et séminaires

Clinique des Réels déliés

Deuxième jeudi du mois

Jour et horaire : 2e jeudi du mois, à partir du jeudi 8 octobre 2026, de 20h30 à 22h30

Responsables

Barbara Santana, Anaïs Domb et Etienne Oldenhove

Contact : Barbara Santana : 0466 47 21 06 – [email protected]

« L’inconscient, c’est la politique ». Ce rappel de Lacan n’a jamais résonné avec autant d’acuité qu’aujourd’hui. L’état du monde ne nous permet pas, en tant que praticiens, d’échapper au travail sur la question des guerres. Qu’elles soient génocidaires, qu’elles opposent deux pays ou qu’elles se déroulent au sein de mêmes frontières entre des sujets qui partageaient une même langue, un même sol, les mêmes mécanismes sont à l’œuvre. Les mêmes déliaisons ravagent le tissu du symbolique, les mêmes effondrements de l’imaginaire collectif laissent le réel parfois à nu, sans bord.

Ces guerres nous mettent face à la question que Lacan avait nommer : la haine solide. Non pas la haine passionnelle, qui garde encore quelque lien à l’autre, mais cette haine cristallisée, consistante, qui ne demande plus rien à l’Autre et se suffit à elle-même dans sa logique de destruction. Une haine qui rompt avec le désir et rompt avec l’ambivalence.
Une haine qui trouve dans le discours (politique, médiatique, identitaire) le carburant de sa propagation et de sa légitimation.

Car la haine solide ne se contente pas d’agir : elle parle. Elle produit un discours, elle légifère, elle nomme l’ennemi, elle organise le réel selon une logique binaire qui évacue le sujet divisé au profit d’un bloc identitaire fermé sur lui-même. En ce sens, elle s’adresse au langage et à ses lois pour mieux les tordre, les vider, les retourner contre eux-mêmes.

Le groupe de travail Réels déliés s’en empare et tente de saisir ce en quoi les consistances du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire se dénouent sous l’effet de la guerre et des violences extrêmes, comment la triade borroméenne, qui tient ensemble l’existence d’un sujet, peut se défaire, laisser chacun des ronds à la dérive, sans plus rien qui les noue.

Que devient le Sujet quand l’ordre Symbolique est méthodiquement détruit.

C’est notre clinique de l’exil et de la demande d’asile qui nous a d’abord mis au travail. Ces sujets qui arrivent dépossédés de leur langue, de leur sol, parfois de tout repère symbolique, nous ont appris à lire ce que la guerre fait au sujet de l’intérieur. Leurs récits portent les traces de ces déliaisons comme symptômes vivants dans le transfert, de ce que la destruction de l’ordre symbolique produit sur une existence singulière. C’est depuis cette clinique-là que nous avons été conduits à penser la haine dans le monde. Non pour y donner une réponse car la question demeure entière : pourquoi cette pulsion de mort se répand avec une telle facilité, comme si quelque chose en elle trouvait partout un sol prêt à la recevoir ? Nous ne voulions pas nous dérober à ce que nos patients, eux, n’ont pas pu éviter.

Plus que jamais, la psychanalyse est sommée d’affronter cette question et d’assumer, au sein même de nos associations, la responsabilité de penser toutes les guerres dans le temps dans lequel nous vivons.

Barbara Santana, Anaïs Domb, Etienne Oldenhove